Pour ne pas déstabiliser les âmes sensibles qui lisent ce blog à la veille du concours, nous avons jugé préférable de ne pas vous dévoiler dès le mercredi la terrible découverte que nous avions faite le matin même.

     Ce ne devait être, au début, qu’un innocent pique-nique qui nous aurait permis de profiter pleinement de notre salle à manger d’été tout en nous obligeant à nous lever tôt (histoire de reprendre le pli avant les épreuves quotidiennes) : Raphaëlle avait fait miroiter à Pauline, dans l’eau supposée limpide du grand canal, les reflets d’oiseaux chantants, les premiers rayons de soleil levant et autres poissons bondissant dans les bassins.

     Mais à peine étions nous sorties que nous sentîmes quelque chose se tramer ; la tension ambiante était certes confuse (rappelons qu’il était sept heures trente), et pourtant discrètement logée dans quelques détails précis – qui ne pouvaient tromper nos regards de connaisseuses. La surface de l'eau (trouble, cela va de soi) se ridait de temps à autres de petites bulles échappées d'on ne sait où, et dans le silence glacial, un soudain bruit d'éclaboussures se faisait parfois entendre, sans qu'il soit jamais possible d'apercevoir la créature étrange qui l'avait produit... Nous étions sur nos gardes, guettant le monstre que nous nous attendions à voir émerger d'un instant à l'autre, quand le cygne - qui flottait jusqu'ici, imperturbable, feignant de pêcher comme à son habitude -  décolla d'un bond et traversa le canal sur toute sa longueur, mi-volant, mi-marchant, en agitant ses ailes avec fracas. Désormais, ni le ton psychopathe sur lequel un soi-disant passant nous siffla "Bon appétit.", ni l'air sadique avec lequel il regarda Pauline beurrer les tartines ne nous trompaient : c'était certain, une chose terrible allait avoir lieu.

      C'est sur le chemin du retour que, drapées de nonchalance mais toujours vigilantes, surveillant le bassin (que nous soupçonnions déjà sans trop savoir pourquoi - l'instinct sans doute) nous vîmes flotter à la surface un cadavre de crustacé, recouvert d'un épaisse couche de vase. Il ne nous en fallait guère plus pour démarrer une enquête : scrutant plus attentivement les tréfonds glauques, nous aperçûmes alors des dizaines, des centaines, et même vraisemblablement des milliers

d'écrevisses !

     Elles s'agitaient là, sur le rebord, sans vergogne et de la façon suivante :

    

     Déjà, nous avons étudié les moeurs de ces curieuses bêtes ; vous comprenez à présent le départ du Poussin Moche, pour qui il n'était plus tenable de se voir supplanté par de si vaseux personnages (mais ne vous inquiétez pas, il reviendra bien sûr - lorsque vous ne l'attendrez plus). Voici le début d'une nouvelle aventure, qui promet d'être longue et visqueuse...

 

Ecrevisses1

Ecrevisses2