Mais à force de persévérence, les choses allaient changer : les recherches de Raphaëlle, immobiles hier, aboutiraient demain... L'entraînement portait peu à peu ses fruits, et si l'ex-garagiste ne bénéficiait pas de la formation musclée d'une athlète chinoise au régime communiste sain(<= censuré par les autorités chinoises), sa vie au garage l'avait dotée d'une constitution robuste, que son passage par la case préparatoire avait rendue à toute épreuve. 

    Ainsi s'était-elle retrouvée un beau matin marchant dans les rues de la banlieue parisienne à la recherche d'une allée au nom chantant, dans laquelle elle avait rendez-vous avec le seul propriétaire qui ait bien voulu d'elle pour une visite d'appartement. Une fois sur place, comme personne ne se présentait, Raphaëlle attendit un instant, jusqu'à ce qu'un vieux monsieur sorte de l'immeuble et qu'elle ose lui demander s'il avait vu passer M. Flump, propriétaire de l'appartement au troisième étage... En entendant qu'elle cherchait une location, cet homme se redressa de tout son mètre cinquante et, bien droit dans ses charentaises, l'assura que M. Flump était bien ici, qu'il suffisait d'appuyer sur un bouton et qu'ensuite, on pourrait même lui parler ! Ce disant, il désignait l'interphone d'un index fébrile et flageolant. Quelques essais infructueux suffirent cependant à faire retomber tout son enthousiasme : M. Flump n'était décidément pas là... Mais la jeune fille avait l'air de savoir comment le contacter, par le truchement de son mini-téléphone sans fil : tout ragaillardi, violet de contentement, le petit bonhomme s'en fut sur un dernier clin d'oeil pétillant, et les mots suivants : "Savez-vous, Mademôazelle, que si vous habitez finalement dans l'appartement de Mooonsieur Flump, vous m'aurez pour voisin juste en dessous de vous - héhé."
     Après un coup de fil interrogateur, il s'avéra que M. Flump n'avait vraisemblablement jamais eu la plus petite intention de se trouver au rendez-vous, et avait confié au gardien de l'immeuble, le matin même, la délicate mission de faire visiter les lieux. Le gardien en question, prévenu au dernier moment, conduisit la jeune fille à l'endroit prévu et lui ouvrit la porte d'un air maussade, tandis que Raphaëlle s'efforçait de son côté de faire bonne figure pour se faire pardonner cette intrusion involontaire dans le quotidien de son guide d'une heure... tout au plus, car il lui fallut bien moins de temps pour s'apercevoir que quelque chose clochait dans l'appartement. Etait-ce la pile d'ordinateurs portables effondrée sur le canapé, le linge entassé jusque dans la cuisine, la totale absence de cartons (ou toute autre manifestation d'un départ imminent), la chambre african atmosphere avec sa tapisserie orange et son éventail géant cloué au-dessus du vaste lit assorti, ou les chambres d'enfants, une rose et l'autre bleue, respectivement agrémentées de frises Hello Kitty et Pluto ? Elle n'aurait su le dire - toujours est-il qu'à peine de retour dans la rue, et sur un dernier remerciement jovial à l'attention du gardien, elle résolut de reprendre la route des pérégrinations immobilières...   

    Démoralisée mais non désespérée, Raphaëlle s'approchait à son insu de la ligne d'arrivée.

Appart1

Appart2

En quelques coups de fil, les deux autres colocs' étaient au courant ; il était désormais temps pour chacun de prendre des vacances - ou du moins, de continuer à travailler dans la confortable certitude d'avoir un chez-soi pour l'année à venir !